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Entre nous : « Tout est accompli »

À la mère la plus courageuse qui soit

 

Nous sommes encore au tout début du carême et les premiers signes de chaleur annoncent le printemps qui s’en vient, la résurrection de la nature.

Dans la chambre à côté dorment mon épouse et notre petit garçon, né il y a à peine dix jours. Je ne réalise pas encore ce que je suis en train de vivre, les premiers jours d’une toute nouvelle vie en tant que père.

Le 21 septembre, j’ai rencontré notre fils, Édouard, pour la première fois. Mais j’ai aussi contemplé, comme si c’était la première fois, une femme admirable.

Rien ne s’est passé tout à fait comme nous l’avions prévu. D’abord, la déception de ne pas avoir de place en maison de naissance. Les demandes sont nombreuses, les places rares. Nous avions été enchantés par notre visite. L’atmosphère familiale qui règne là était exactement ce que nous cherchions. Pour moi, ce fut un choc lorsqu’à l’hôpital on nous a installés dans notre chambre. Rien n’est dissimulé, le matériel médical est bien en évidence. Nous avions pourtant demandé la prière de saint Joseph afin d’avoir le meilleur lieu possible pour Myriam. Les événements devaient prouver que notre prière avait été répondue.

Les premières contractions nous ont surpris en plein milieu d’un spectacle de l’OSQ. Cependant rien d’inquiétant, nous avons pu assister à tout le spectacle, retourner à la maison, Myriam a pu prendre un bain, et nous avons pu nous installer pour dormir. À 4h00 du matin, les contractions s’étaient rapprochées et étaient devenues plus intenses. Une heure et demi plus tard, nous étions admis à l’hôpital. Le col de l’utérus était dilaté à 4 cm. « Ça avance très bien » nous a-t-on dit, le bébé allait montrer le bout de son nez avant la fin de la journée. Or, à 9h00, les contractions avaient largement diminué. À midi, le col était toujours dilaté à 4 ou 5 cm. Il fallait percer les eaux artificiellement, ou retourner à la maison et attendre que la nature fasse son travail. C’était évidemment une déception. Nous avons fait nos valises, résolus à laisser Édouard venir à son rythme.

La nuit fut évidemment préoccupante, mais les contractions continuaient à se distancer et Édouard ne semblait pas encore prêt à venir au monde. La deuxième nuit fut beaucoup plus courte. À 22h00, Myriam se leva sous la douleur des contractions et aussitôt une bonne quantité d’eau tomba entre ses jambes et éclaboussa le plancher!

Le temps de terminer la valise, nous étions partis à nouveau pour l’hôpital. Malgré un tour dans le bain tourbillon, les contractions de Myriam étaient devenues extrêmement douloureuses et elle se sentait de moins en moins capable de les supporter. Épuisée, après une journée et demi de latence presque sans dormir et plusieurs heures de travail, Myriam demanda l’épidurale.

Le moment où Myriam reçut l’épidurale fut certainement un des plus difficiles. Celle-ci était en pleines contractions et ne devait cependant pas bouger. On a découvert ce jour là que Myriam avait la colonne légèrement croche ; le médecin dût s’y prendre deux fois pour la piqure. L’anesthésiant injecté, le soulagement fut instantané. Myriam soulagée, je me suis senti soudain inutile. J’avais tenté d’être là, depuis le début, pour soulager ses douleurs, l’encourager. Tout d’un coup, Myriam était étendue dans un lit, apaisée, attendant que le travail se fasse.

Or, dès que le col fut complètement dilaté et que commença la poussée, j’étais de nouveau sollicité. J’étais entièrement impliqué, à chaque poussée, comme si je la vivais avec Myriam. À ce moment, j’ai commencé à comprendre la grandeur de tout accouchement. Pendant les deux heures où Myriam poussait, à chaque contraction, j’étais édifié de la voir puiser des énergies là où plus personne aurait pensé en trouver. Myriam semblait inépuisable, déterminée à donner vie à cet enfant, malgré toute la fatigue accumulée dans son corps. À chaque poussée, je la voyais donner tout ce qui lui restait. Le personnel soignant était impressionné autant que moi. Myriam apparaissait à mes yeux la femme la plus forte et la plus courageuse qui soit. Après 120 minutes, le bébé n’avait pas avancé d’un centimètre. Celui-ci était en position postérieure, ce qui plus tôt avait dû accentuer la douleur. Le médecin, plein d’attention pour Myriam, nous a alors annoncé qu’il fallait aller en césarienne.

C’était un autre coup dur. Myriam est partie en civière, tandis que je ramassais nos biens pour les transférer de chambre. On m’a revêtu d’une grande blouse, puis on m’a fait asseoir et attendre dans un corridor. Or, après à peine quelques minutes, une infirmière m’a empressé de venir. Elle avoua que normalement j’aurais du attendre encore, mais que mon épouse pleurait désespérément et avait besoin urgent de moi. En entrant dans la salle d’opération, j’ai en effet entendu Myriam, paniquée, demander mon nom. Entendre mon nom répété ainsi m’a bouleversé. En une seconde, j’ai senti toute la profondeur de notre lien. Myriam s’est calmée aussitôt que je lui ai pris la main. Elle tremblait sous l’effet de l’anesthésiant et arrivait à peine à prononcer un mot. Plusieurs fois elle est venue chercher consolation dans mes yeux tandis que je caressais d’une main son visage.

Quelques instants plus tard, on m’a dit de me lever et que je verrais la tête du bébé. J’ai pu alors regarder au-dessus du champ stérile et voir s’élever cette merveille. Je ne me souviens pas avoir vu la plaie de Myriam ; pendant tout ce temps, mon attention était accaparée par cet être fragile qui passait d’un bras à l’autre. On m’a conduit à une table chauffante où Édouard fut essuyé, et pour la première fois j’ai pu prendre mon enfant dans mes bras. J’ai eu ce privilège incroyable, que j’aurais voulu laisser pourtant à mon épouse, de tenir le premier et pendant plusieurs minutes notre enfant.

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Dès qu’on m’en a donné la permission, je me suis empressé d’aller présenter notre garçon à Myriam. C’est à ce moment là, en me dirigeant vers elle, que les larmes ont inondé mon regard. Myriam ne pouvait pas prendre l’enfant, je le collai alors contre son visage, pour qu’elle puisse l’entendre, le voir, sentir son odeur et sa peau. Myriam a alors bégayé quelque chose d’inaudible. Je me suis approché au plus près d’elle pour mieux entendre… « t-t-t-out est t-t ac-com-pli ». Ce n’était pas de l’orgueil, ou une piété forcée… mais une vérité qui me frappait comme elle avec évidence. Myriam venait de vivre un chemin de croix, une montée pascale qui avait commencé il y a neuf mois. Elle était maintenant étendue, les bras en croix afin qu’on puisse lui administrer les médicaments et les solutés nécessaires. Et toute cette souffrance était lavée d’un seul coup par la joie d’une nouvelle vie.

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Je n’ai pas écrit cela pour faire peur aux femmes. Aussi, l’accouchement de Myriam aurait pu se dérouler différemment, bien que le bébé se soit présenté en postérieur. Différentes positions et des mouvements, dès le début du travail, auraient pu changer la donne. Mais j’ai écrit cet article pour vous honorer, saisi d’admiration devant votre amour à vous qui donnez la vie.

J’avais espéré, peut-être plus que Myriam encore, un accouchement naturel. Je voulais pour elle et pour le bébé la plus belle expérience possible et je voyais dans cette épreuve, au-delà de la souffrance un grand acte d’amour. Ce qui aux yeux de beaucoup paraît absurde, j’en voyais aussi la grande valeur. Je n’avais pas tort dans le fond, mais ma vision devait ce jour là grandement s’élargir.

Rien ne s’est déroulé comme nous l’avions prévu. Et en même temps, je suis heureux d’avoir passé à travers toutes ces phases et d’avoir touché tous les types d’accouchement. Ce que j’ai découvert, c’est la beauté et l’immense force de toute femme qui donne la vie. Quelque soit l’accouchement, il y a là un mystère pascal, une réelle participation à la passion du Christ, une grande épreuve récompensée d’une grande joie.

« La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. » (Jn 16, 21)

Dans cet événement sont comme condensés, mystérieusement, les deux plus grands moments de la foi chrétienne : Noël et Pâques. Je suis, depuis ce jour, extrêmement admiratif devant toutes les mères de la terre. Voici donc ma manière, un peu maladroite de vous exprimer mon admiration et ma reconnaissance.

Chère Myriam, j’ai voulu écrire cet article, depuis l’instant où tu es devenue mère. J’espère ne pas avoir trop révélé de ton intimité à travers ces lignes. J’espère que tu ressens tout mon amour, mon admiration et ma gratitude, pour avoir donné au monde ce nouvel être. À Édouard tu as donné la vie, et de moi tu as fait pour toujours une nouvelle personne… un père!

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Entre nous : Je n’ai plus de désir sexuel…

Il ne s’agit pas cette fois d’une confidence. Je vous partage simplement le vidéo d’une conférence sur la disparition du désir dans le couple!

Comment retrouver cet élan du début? Suis-je encore amoureux, alors que je n’ai plus de désir? Comment me sentir une femme, alors que mon mari ne me désire plus?

Mises à part une ou deux remarques (vous saurez voir lesquelles), je partage l’idée d’Isabelle Constant sur la tyrannie du désir. Le désir, il faut souvent le créer! C’est aussi le fruit, comme le faisait remarquer Thérèse Hargot sur son blogue des méthodes de régulation naturelle des naissances. Dans la logique contraceptive, il faudrait que le corps soit toujours prêt, et c’est alors que rapidement s’épuise le désir. Le fait de s’abstenir quelques jours et de décider ensemble d’un rendez-vous a le pouvoir étonnant d’entretenir la flamme dans le couple… tout en laissant place à la spontanéité quand elle vient!

Entre nous : Pourquoi je commence à m’inquiéter de mon mariage

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Je serai franc, pour tous ceux qui nous connaissent Myriam et moi. Voilà un an que nous sommes mariés, et justement, notre mariage commence à nous inquiéter.

 

Il y a un ou deux mois encore, nous sentions cela venir. Voilà, tout le monde ne nous disait-il pas : « après un an, vous verrez… ». Pourtant, notre amour semblait aller à merveille, et précisément, cela commençait à nous inquiéter. Il y a dix jours, nous fêtions notre premier anniversaire de mariage, dans une auberge de Baie-St-Paul. Le lendemain, premier jour de la deuxième année, je me suis réveillé et « boom », ça m’a frappé : « Je trouve Myriam toujours belle ! » Là j’ai compris que ça allait mal. Myriam et moi avons eu une autre journée splendide, nous nous sommes étreints devant des paysages à couper le souffle, nous avons rit en prenant une marche près de la plage, et chanté ensemble dans la voiture… peut-être avions-nous mal réglé nos montres…

 

Mais peu à peu ça s’est imposé à nous… nous nous aimions toujours ! Nous commencions sérieusement à nous inquiéter, peut-être n’étions-nous pas normaux. Aussi, notre vie sexuelle devrait être depuis un moment éteinte… eh bien croyez-moi ou pas… il n’en n’est rien.

 

Devions-nous laisser les choses aller, attendre que ça vienne, ou devions-nous volontairement chercher à blesser l’autre, afin que notre mariage ressemble à celui dont tout le monde parle.

 

À dire vrai, je trouve cette étrangeté de notre mariage plutôt plaisante !

 

J’espère par ces propos ne blesser aucun couple, aucune personne, qui n’a pas eu la même chance dans la vie. Mais nous entendons partout un discours si pessimiste quant au mariage. Est-il possible d’aimer quelqu’un toute sa vie ?… Je ne dis pas rester avec la même personne, mais aimer, vraiment, et être heureux avec la même personne jusqu’à la fin (et doit-il y avoir une fin) de ses jours. Je crois que c’est non seulement possible, mais je crois que pour ce qui est de l’amour, c’est la seule voie du bonheur.

 

Je n’ai encore qu’un an de mariage et peut-être ne devrais-je pas enseigner à des gens qui ont des années d’expérience (et de blessures) de plus que moi. Simplement, une chose que j’ai vite compris, c’est que ça prend beaucoup d’humilité dans un mariage et reconnaître que je n’ai pas ce qu’il faut pour aimer Myriam. Et même, je ne suis pas celui que cherche Myriam (!). Reconnaître que nous avons des limites, et même énormément de limites, est la première chose dont nous avons besoin pour savoir aimer quand cela nous dépasse et pour savoir aimer à long terme.

 

Avouons-le, ce que nous cherchons d’abord dans l’amour, lorsque nous tombons amoureux, ce n’est pas aimer, mais être aimé. Et c’est ce que l’autre espère aussi, être aimé… Deux personnes qui attendent l’une de l’autre, qui espèrent désespérément l’une de l’autre, être chéries, honorées, respectées, être aimées totalement et pour toujours. Deux personnes qui n’ont rien à donner.

 

Et donc, aimer commence quand je comprends que ce que l’autre a besoin, que ce que l’autre mérite, que l’autre espère, est d’être aimé inconditionnellement et définitivement, et que je choisis de lui donner cela. Beaucoup de gens refusent de se marier parce qu’ils veulent être libres de partir si les choses vont mal… Je comprends leurs craintes et en même temps, il faut le dire, cela n’est pas l’amour. Mais nous sommes tous comme ça, plutôt que de vouloir radicalement aimer et risquer être blessé dans cet amour, nous voulons recevoir, recevoir l’amour.

 

Ainsi, aimer commence lorsque j’accepte que l’autre a besoin de moi. Mais doit arriver tôt où tard le moment où je comprends que je suis incapable de donner cet amour que l’autre mérite. Pourquoi ?… Parce qu’au fond, je veux être aimé, parce qu’à quelque part, en moi, je doute d’être aimé, parce qu’à un moment dans ma vie on ne m’a pas donné cet amour que je méritais. Ainsi, je ne suis pas capable de donner, parce que je veux encore. Je veux qu’on me donne, et j’ai peur qu’on ne me donne pas. Et là on arrive à une impasse. Une impasse insurmontable… Pour nous.

 

Comment se sortir de cette impasse ? Cela est impossible pour nous. Et il faut le réaliser, il faut l’accepter, il faut laisser descendre cette vérité au plus profond de nous : nous ne savons pas aimer. Et quand deux personnes se regardent et comprennent qu’ils n’ont rien à se donner, qu’ils n’ont rien à attendre l’une de l’autre… alors commence l’amour ! Alors je peux aimer vraiment, sans demander en retour, puisque je sais que l’autre n’a rien à m’offrir. Alors jaillit la source de l’amour. J’aime, non pas pour moi, mais pour l’autre, sans rien pouvoir attendre de l’autre. Je l’aime, faible comme il est, pareil à moi. Il faut en quelque sorte mourir pour que l’amour, que nous n’avons pas connu jusque là, soudain jaillisse.

 

Ce désespoir, cette souffrance de ne pas être aimé, cette mort… un homme l’a connu. Nous n’avions rien à lui donner, rien. Mais il nous a aimé, au point d’accepter de souffrir et de mourir pour nous. Un homme seul n’aurait pas pu faire ça. Aucun être humain ne le peut. Celui qui meurt sur la croix n’est pas un homme ordinaire mais, en plus d’être un homme, il est la source même de l’Amour. Il est cette source dont je parlais qui jaillit quand j’accepte d’aimer sans retour.

 

Quand je comprends que je n’ai pas l’amour dont Myriam a besoin, elle non plus pour moi, mais que Dieu seul peut me donner cet amour que je veux lui donner ; quand je comprends que je ne suis pas celui dont Myriam ultimement a besoin, mais que le plus grand cadeau que je peux lui faire, en me donnant en elle, est de lui donner Dieu… alors je permets à Dieu de venir en moi et d’aimer, celle qu’au fond, du plus profond de mon cœur blessé j’aime.

 

 

Je t’aime Myriam

et je veux t’offrir encore plein d’années de bonheur,

une vie entière de bonheur,

et l’éternité

auprès de celui qui t’aime infiniment mieux que moi !

Entre nous : La première fois qu’Adam vit Ève

Dans la Théologie du corps, Jean-Paul II décrit la « joie » et l’« exaltation » que ressentit Adam la première fois qu’il vit Ève. Adam et Ève sont tous deux transportés d’un profond désir, mais un désir amoureux et sexuel pur, un désir de se donner exempt de toute convoitise. C’est pourquoi, tous deux, l’homme et la femme ne ressentent aucune honte l’un devant l’autre, à cause de cette pureté du regard, de cette atmosphère de confiance totale que seule permet un amour vrai.

« Tous deux étaient nus, l’homme et la femme,

et ils n’avaient pas honte l’un devant l’autre. » (Gn 2, 25)

Je me suis souvent demandé à quoi devait ressembler ce regard d’Adam à l’origine. Si vous avez déjà été à un mariage, un heureux mariage, vous avez peut-être alors vu quelque chose de semblable à ce regard qu’avait Adam, à l’instant où le fiancé voit sa fiancée en robe de mariée pour la première fois, dans toute sa glorieuse beauté!

Voici des hommes qui sont sur le point de se donner entièrement à la femme qu’ils aiment, et qui pour cela sont profondément émus, des hommes transportés par la joie et l’exaltation. Top 10 (avec bonus)!

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(Bonus)

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Certains de mes amis me contaient que le jour de leur mariage, au moment où ils ont vu leur fiancée en robe de mariée entrer dans l’église, ils se sont mis à pleurer. L’un deux était même tombé sur ses genoux, ses jambes incapables de soutenir l’émotion!… J’avoue que j’appréhendais ma propre réaction : « Je veux vivre quelque chose moi aussi! » Or, au lieu de pleurer quand je vis Myriam entrer dans l’église, toute rayonnante… je me suis mis à rire! La seconde suivant cette photo, j’avais un si large sourire que mes joues me faisaient mal. Je devais, après que Myriam ait monté la moitié de l’allée, descendre pour aller la rejoindre et faire la suite avec elle. Mais en descendant vers elle, je me sens tellement transporté que j’ai l’impression de marcher tout croche, comme un gars saoul! Ivre, je l’étais vraiment, d’une joie qu’on ne peut pas oublier! (Comme sur ces prochaines photos : )

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Voici l'o de mes os

« Voici l’os de mes os et la chair de ma chair! » (Gn 2, 23)

Entre nous : Une relation sexuelle réussie

Voilà un mois maintenant que je suis marié à Myriam, et en plus de partager maintenant l’appartement, le compte bancaire et les couvertures (à savoir qui en prend le plus !), nous découvrons aussi, humblement, l’intimité sexuelle. Et cette découverte, pour être honnête, n’est pas sans quelques surprises, voire quelques difficultés.

La relation sexuelle est un moment de grande joie, de grande intimité, mais c’est aussi souvent un lieu d’hésitations, de maladresses, d’incertitudes. Alors que le plaisir, voire la performance, sont les signes aujourd’hui d’une sexualité « épanouie », avouons-le, nous ne gérons pas toujours si bien cette partie mystérieuse de nous-mêmes. Le désir de réussir ou d’être le meilleur, à tout prix, peut même plus souvent nuire à la relation, et parfois blesser l’autre. Comme me le faisait remarquer mon épouse, à travers nos corps passent aussi nos tensions, nos émotions, même nos pensées. En mettant de la pression sur soi, on en met indirectement sur l’autre… et le plaisir, à son tour, en souffre.

Quand le cœur et parfois aussi le corps ne réagissent pas comme nous l’attendrions, cela peut certes occasionner frustrations, craintes, doutes, déceptions. Mais ce peut être aussi l’occasion d’une plus grande tendresse, d’une plus grande attention, et un lieu de dialogue.

L’union sexuelle doit devenir (ou redevenir) un moment tout bonnement de rencontre, de don et d’abandon. Un lieu de découverte mutuelle et d’apprentissage patient ! La meilleure relation sexuelle sera toujours celle où il y a le plus d’amour (générosité, tendresse, attention, respect)… et pas nécessairement le plus de jouissance.

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Entre nous : Quoi faire de nos désirs? (partie 2)

(Lire « Quoi faire de nos désirs, partie 1 »)

Ce soir là, n’ayant nulle part où dormir, j’ai dû dormir chez ma fiancée (devenue depuis mon épouse), situation que nous tentions d’éviter en général. Lorsque cela arrivait cependant, j’avais l’habitude de dormir dans le sous-sol, parfois dans une chambre à l’étage.

Au milieu de la nuit, je m’éveille, avec une tentation insoutenable de visiter Myriam dans sa chambre. Je me sens littéralement pétrifié de désir ; je n’ai qu’une envie, voir la femme que j’aime le plus au monde (« voir » étant un euphémisme, vous devinez !).

Je me mets en prière et, comme le fantôme dans l’histoire, un combat fait alors rage en moi. Je sais précisément ce qu’il me faut demander. Mais une partie de moi refuse et pense perdre quelque chose si je laisse ma sexualité à Dieu. Après plusieurs minutes où je supplie Dieu de m’aider, j’abandonne finalement et dis les mots nécessaires :

« D’accord, d’accord ! Tue la concupiscence en moi. »

Et d’un seul coup, un grand calme… Au même instant, je sens monter en moi un DÉSIR, un désir amoureux, un désir sexuel encore plus fort que tout ce que je n’avais alors jamais goûté. Mais un désir paisible, un désir dont je suis totalement maître, et un désir avant tout de protéger celle que j’aime. Et sans difficulté, je retourne me coucher.

L’histoire de C.S. Lewis était vraie… ainsi que les mots de Jean-Paul II, lorsqu’il affirme que pour l’homme dont le cœur est purifié par la charité, le désir ne meurt pas mais devient, au contraire, plus grand et plus fort !1

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1. Voir audiences du 12 novembre 1980, et du 1er avril 1981.

Entre nous : Quoi faire de nos désirs?

Dans toutes mes conférences, je parle de l’importance d’intégrer ses désirs, ce qui n’est ni un rejet des désirs, ni une soumission à ceux-ci.

Nos désirs sont bons, Dieu les a mis en nous. Mais souvent, nous prenons nos désirs pour le sens ultime de l’amour et nous nous arrêtons là. Ce faisant, on se tourne vers soi plutôt que vers l’autre. L’amour éros est un amour qui veut l’autre pour soi. Ce qui n’est pas mal, l’autre est véritablement un bien pour moi. Mais si je m’en tiens là, je fais tôt ou tard de l’autre uniquement un objet de satisfaction.

Le défi de l’amour est d’intégrer toutes ces forces érotiques et bonnes, d’en devenir maître, pour en faire une force du don. D’intégrer l’amour éros, l’amour de désir, dans l’amour agapê, l’amour de sacrifice qui cherche le bien de l’autre avant le sien, qui veut l’autre pour lui-même.

Une petite histoire :

J’étais dernièrement en voiture avec ma fiancée Myriam et nous écoutions une conférence de Christopher West. Dans sa conférence, West raconte cette histoire écrite par C.S. Lewis d’un fantôme qui, sur le chemin de sa conversion, rencontre un ange.

Le fantôme porte sur son épaule un lézard, le lézard de la concupiscence. La concupiscence, c’est ce qui résulte de nos désirs lorsqu’ils sont brisés, blessés, tordus… un petit lézard qui ne pense qu’à soi, qui prend plutôt que de donner.

L’ange demande au fantôme s’il lui permet de tuer ce lézard, mais le fantôme trouve tout plein de bonnes raisons de le garder. Chacun de nous aussi, on tient malgré tout à notre concupiscence, on a peur qu’en la sacrifiant tout à fait, on perde quelque chose.

Lorsque finalement le fantôme permet à l’ange de tuer le lézard (au terme d’un long combat), le lézard se transforme en un grand cheval blanc… un désir d’amour pur, un désir sexuel pur !… sur lequel le fantôme, devenu un homme, franchit des distances qu’il croyait impossibles, que jamais son lézard lui aurait permis même d’imaginer.

(À suivre : ce qui m’est arrivé ce soir là…)

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